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Marine Le Pen : écologie des mots

par Erasmus Tharnaby

Comme son père, il y a une petite vingtaine d'années, Marine Le Pen aimerait normaliser sa position médiatique. Elle souhaite qu'on n'attribue plus le qualificatif d'"extrême-droite" à son parti et à ses militants. Elle souhaite purifier le vocabulaire à défaut de nettoyer son programme et ses soutiens de tout ce qui pourrait évoquer le passé nauséabond. Elle a compris que, pour gagner, il fallait faire "social" et ferrailler contre le méchant capital, étrangement nommé "les puissances d'argent" ou "le grand capital". Marine Le Pen est pourtant une bourgeoise, fille de bourgeois. Elle est tout sauf une fille du peuple. Elle est issue d'une famille à pognon mais son côté gouailleur et populo, elle le doit plus à ce qui lui manque qu'à ce qu'elle se targue d'être. Et son programme est tout sauf un programme social.

De ce point de vue, la préférence nationale, qui a l'air d'une bonne idée pour les salariés, n'est que l'expression d'une xénophobie patente : l'étranger est celui qui nous prend nos emplois. La situation de l'emploi en France n'a pourtant rien à voir avec cette réflexion simplette. Les sociologues, les vrais, disent à quel point le pays a besoin de main d'oeuvre. Les biologistes, les vrais, disent à quel point le brassage génétique apporte de renouveau et le danger à s'obstiner à devenir une nation de crétins consanguins.

Toutes les mesures sur l'immigration sont donc des mesures de rejet de l'étranger : réduction de l'immigration légale, suppression du regroupement familial, suppression des accords de Schengen, expulsion systématique des étrangers illégaux, double peine, priorité nationale. Ce sont des mesures xénophobes qui ne reposent pas sur la réalité de l'emploi ou la réalité politique européenne. Ce sont des mesures extrêmes, haineuses et injustifiées.

L'Europe est aussi devenue, grâce à l'incompétence de ses élites (Barroso, Ashton), l'étranger à exclure. Le Front National défend une politique anti-européenne qui surfe sur le mécontentement général vis-à-vis de la politique ultra-capitaliste menée actuellement. C'est une option extrême, qui justifie ce qualificatif puisqu'elle viserait à déconstruire totalement l'oeuvre de coopération entamée après-guerre par l'action de De Gaulle vis-à-vis d'Adenauer en 48 et poursuivie par des personnalités comme Robert Schumann ou Jean Monnet. Ce retrait français, en terme géopolitique, signifierait la mort de l'Europe en tant qu'entité administrative, légale, etc. et placerait le continent sur une trajectoire aussi chaotique qu'incertaine.

Surtout, la fille de Jean-Marie Le Pen a compris que toutes les élections se gagnent au centre. Il lui faut donc rejeter tout ce qui l'éloigne de ce positionnement électoral et intégrer des éléments qui font "peuple". D'où cette tentative de correction sémantique qui n'est qu'un habillage : l'électorat lepéniste est en réalité très hétéroclite. On y trouve des laïcards dupés par le discours pseudo-républicain mais aussi des Scouts d'Europe et catholiques intégristes. On y trouve autant d'immigrés de 2e ou 3e génération que d'authentiques racistes. Tout ça cimenté par un programme de rejet, d'exclusion, de purification.

Les 40% de Brignoles sont un leurre : les électeurs PS ne s'étaient pas déplacés. La fille de Jean-Marie Le Pen peut bien essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Elle risque bien de sortir de cette fuite en avant les mains sales et la tête basse.

Marine Le Pen : écologie des mots
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