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Un peu d'anticipation...

par Erasmus Tharnaby

Dans une pige du dernier Marianne, bien cachée page 83, invisible sur le site internet, Aude Ancelin fait une nouvelle fois la peau à Alain Finkielkraut avec, comme toujours, l'accusation de "réactionnaire". J'écoute l'écrivain-philosophe sur France-Inter ce matin et je trouve son argumentaire plutôt raisonnable et écoutable : l'image de la France proposée à ceux qui veulent la rejoindre et en faire partie est une image négative, ou au mieux vide et sans saveur, en particulier de la part de la gauche française. Cette dernière, au lieu de perdre son temps à des hochets de progrès, ferait mieux de reprendre le terrain républicain laissé aux démagogues du Front National. Au lieu d'argumenter sur ce débat, qui mettrait les cadres de l'Ile aux Enfants en demeure d'examiner leurs pratiques, on préfère mettre en cause par l'insulte. L'article d'Aude Ancelin, tous ses ne... que..., ses formules péjoratives et ses attaques ad personam visant une fois de plus à faire de Fink' un penseur d'extrême droite, n'amène strictement rien de ce point de vue. Pathétique.

Comme une affamée "errant dans la Jungle du politiquement correct", Aude Ancelin tombe à bras-raccourci sur l'interview que Finkielkraut donne à Elizabeth Lévy sur RCJ le 22 septembre dernier au sujet de l'islamophobie, et interprète les constats qu'il dresse comme des gestes promotionnels en faveur du Front National. Ce n'est plus de la cécité mais de la mauvaise foi.

On peut en profiter pour faire un peu d'anticipation. La gauche française, toujours aveugle et sourde, continue sa politique de droite, son meccano sociétal inutile, et persiste à soutenir l'option ethnique choisie par Valls. Le Pen poursuit sa progression et fait un carton aux municipales. En 2017, face à Fillon qui trébuche, la fille de Jean-Marie prend le pouvoir et fait élire un parlement d'extrême droite. Les serments populistes sont bien vite oubliés et on retrouve les bons vieux réflexes droitiers, avec le clientélisme et la matraque en plus. La liberté de la presse vit ses dernières heures. Les milices, rendues légales, sillonnent les quartiers.

Anticipons toujours...

Un jour, dans une banlieue défavorisée proche de Paris, un Français "de souche" est assassiné à coup de couteau par un inconnu. Des vidéos de surveillance laissent penser que le coupable pourrait être un homme d'origine méditerranéenne et probablement musulmane. C'est, en tous cas, ce que suggèrent les médias, désormais tous proches du pouvoir. Aussitôt, aux cris de "La France aux Français !", les mêmes milices saccagent des commerces tenus par des personnes d'origine méditerranéenne, fussent-elles françaises. Lynchages, violences, destructions. Venue pour s'interposer, la police est accusée par la population de protéger ces personnes. Pour faire cesser ces désordres, cette dernière, avec l'autorisation du gouvernement, opère des rafles chez les populations méditerranéennes et musulmanes, en particulier sur les chantiers de bâtiment ou les entreprises de nettoyage, rafles soigneusement retransmises à la télévision.

C'est de l'anticipation, bien sûr. Nous ne sommes pas en Russie où des Azeris sont stygmatisés avec la bénédiction des pouvoirs publics. Nous sommes en France où des lynchages aux cris de "La France aux Français !" n'auront sûrement jamais lieu, n'est-ce pas ?

Un peu d'anticipation...
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Sceptique 16/10/2013 07:22

J'ai du mal à vous suivre, ce matin. Ce n'est pas parce que la gauche au pouvoir se fait conne face à la menace de son échec que le triomphe de l'extrême droite est assuré. Que cette dernière en retire quelques bénéfices c'est sûr. Ça a déjà commencé, mais à qui la faute? Il pleuvra encore des votes sanction aux municipales, et aux suivantes. Mais une forte minorité n'est pas une majorité. Elle peut se laisse aller à le croire, mais en vain. Il y a des précédents.
Justement, à propos de croire. J'ai été frappé par une remarque de Jean-Paul Sartre:"Il n'y a qu'une foi, la mauvaise." Ce qui implique que nous sommes tous menacés de l'être, de mauvaise foi, puisque nous sommes imprégnés de croyances, qui constituent notre "squelette psychique", ou notre "paranoïa de base". Combien de fois par jour sommes-nous amenés à dire:"je crois", ou "je ne crois pas"....faute de pouvoir démontrer le contenu de notre pensée?
Il y a quelques années, j'ai "ramassé" Gille-Éric Séralini, déjà militant anti-ogm, que les scientifiques français osaient encore étudier. Il ne cessait de dire "Je crois, je ne crois pas" en réponse à chaque fait, chaque argument, apporté au débat par le scientifique, un jeune chercheur de l'INRA. J'ai fini par interpeller GES en lui disant:"Monsieur, "je crois, je ne crois pas, c'est le langage de la religion, pas de la science". Il en est resté muet un moment. Mais aux dernières nouvelles, il a toujours la foi. Mauvaise ou pas, elle sauve. Mais elle n'assure pas le pouvoir, heureusement.
S'il est difficile de définir ce que nous accepterions, il l'est moins pour définir ce que nous refuserions.
Notre histoire montre que nous avons eu du mal avec la liberté, que nous nous sommes divisés sur le question de savoir qui y avait droit, et qui n'y avait pas droit, et qu'un Raminagrobis s'est présenté pour la supprimer pour tout le monde. Le dernier en date a été l'occupant allemand. Quelques fantasmes ont montré le bout de leur nez par la suite, parce qu'en fait, il est naturel de ne pas la vouloir pour ses ennemis. Saint-Just n'a pas été le dernier à le penser et à le dire.

Sceptique 16/10/2013 09:54

Mon scepticisme est effectivement un pan-scepticisme, en supposant qu'un scepticisme différent puisse exister. Une de vos phrases:"...la propension de mes concitoyens à la connerie (comme le préfixe l'annonce!) qui leur tient lieu d'opinion...." fait bigrement "scepticisme"! Être ou ne pas être Alceste, telle est la question.

Erasmus Tharnaby 16/10/2013 09:04

Là, j'ai du mal à suivre ce que vous ne suivez pas.
Cette anticipation n'est qu'un jeu de langage : je ne crois pas que le Front arrive un jour au pouvoir. Mais son poids, actuellement, ne me semble (si vous permettez) pas un bon présage sur la suite des événements.
C'est la propension de mes concitoyens à la connerie qui leur tient lieu d'opinion politique : l'économie évacue peu à peu le terrain du débat, des thèmes dont on croyait être débarrassés reviennent sur le devant de la scène et les politiciens donnent le spectacle affligeant d'une cour de récréation d'école primaire.
Un incident, une catastrophe, un événement imprévu peuvent bouleverser le paysage politique français et européen vers une configuration qui semblait impossible. Il y a longtemps que l'Europe n'a pas "fait" l'Histoire. C'est l'Histoire qui pourrait la faire malgré elle. Désolé pour ce pessimisme, vis-à-vis duquel vous serez sûrement sceptique...
D'accord avec vous sur la foi et la liberté.