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Véganisme et écologie profonde

par Erasmus Tharnaby

Suite à quelques échanges avec des habitants de la planète Véga, les fameux végans, j'éprouve le besoin de préciser de quoi il s'agit et ce que j'ai envie d'y voir. Après, libre à chacun d'en penser ce qu'il veut mais, vu le torrent de bons sentiments que suscite ce type d'habitudes alimentaires suite aux révélations fracassantes sur les pêts des vaches et autres fadaises écolos, le lecteur peut avoir envie d'entendre un autre son de cloche que celui des Amis de l'Amour Universel.

Mais je ne vais pas procéder frontalement. Il s'agit d'abord de préciser ce que recouvre le véganisme (les licenciés de la Fédération Française de Véganisme me corrigeront). Ensuite, je préciserai les liens qui rapprochent le véganisme et l'écologie profonde. Enfin, c'est vers l'écologie profonde que nous tenterons ensemble de diriger nos pas imprudents pour en comprendre les ressorts idéologiques.

Un vegan (prononcer végane, c'est plus chic), c'est quelqu'un qui ne consomme rien qui vienne des animaux, ni oeufs, ni lait, ni viande bien sûr mais aussi ni cuir ni miel. L'alimentation, dans nos pays civilisés, devenant de ce fait assez compliquée, les végans ont un réseau parallèlle qui peut les approvisionner en produits de substitution quand ils en ont marre de se passer de steaks. Des fausses escalopes milanaises ou du faux miel, voire du faux foie gras peuvent être trouvés en boutiques bios.

Tout de suite, écartons le mythe du gentil ahuri rescapé du mouvement flower-power, non-violent et adepte du sitting. On a affaire à des gens parfaitement prosélytistes, régurgitant un discours bien rôdé avec son fonds théorique et sa littérature, capables d'agressivité idéologique et de culpabilisation de masse. Pour lutter contre cette dérive issue d'une hystérisation de l'alimentaire, fondée sur une perversion idéologique, on peut aller creuser du côté de la philosophie, avant de se taper un bon steak.

Le philosophe auto-proclamé de l'écologie profonde, c'est Arne Naess.

Je sais, il y a d'autres illuminés totaux, hélas, beaucoup d'autres comme James Lovelock ou Hans Jonas, mais je vais commencer par celui-là. Les symptômes qu'il développe sont assez représentatifs de la tautophobie (haine de soi) ambiante pour qu'il nous soit assez utile, finalement. Et l'écologie profonde est assez souvent invoquée pour justifier le véganisme pour qu'on s'y intéresse.

Arne Naess est un personnage dont le parcours est très caractéristique de l'écologie moderne : il est issu d'un milieu extrêmement favorisé, c'est à dire de la haute bourgeoisie et, après des études de philosophie, se lie avec les milieux européens qui sont à l'origine de la pensée écologiste moderne : le Cercle de Vienne. Dans son bagage théorique, les liens sont patents entre l'écologie et la cybernétique, dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises ici. Les points communs avec Bertrand Russell ne se limitent pas à cela : il milite aussi pour le pacifisme et l'écologie dans les années 70. Il est lui aussi influencé par le pamphlet bidon de Rachel Carson intitulé Silent Spring. Décoré par les plus hautes distinctions de la monarchie norvégienne, ce rebelle en peau d'ours est en fait un membre du sérail, tout comme son collègue anglais.

En 1972, il invente le concept d'"écologie profonde" qu'il oppose à l'"écologie superficielle". La seconde se limite à la lutte contre la pollution. La première est une remise en cause du statut de l'être humaine sur la Terre. Un texte de 1973 est réédité récemment dans un petit livre comprenant les textes fondateurs de l'idéologie écologiste, une sorte de Petit Livre vert de la pensée écolo. L'éditrice fait de ce texte une révolution copernicienne. On verra ce que cette expression a de pervers.

L'écologie profonde (EP) se décline en sept points :

1 - Rejet de l'image de l'homme-au-sein-de-l'environnement en faveur de l'image relationnelle de champ de vue total

2 - Egalitarisme biosphérique (ce dernier étant de principe)

3 - Principe de diversité et de symbiose

4 - Position anti-classe

5 - Lutte contre la pollution et l'épuisement des ressources

6 - Complexité et non pas complication

7 - Autonomie locale et décentralisation

L'application de ces sept directions doit, pour Naess, "se montrer modérément précise". Ce qui compte, c'est leur aspect "global", c'est à dire totalitaire. En effet, Naess ne présente pas une "philosophie" au sens européen du terme qui serait une lecture du monde, mais plutôt une "sophia-sagesse ouvertement normative" c'est à dire moralisatrice et destinée à restreindre les libertés individuelles. Cette "écosophie" issue du néo-positivisme se formule comme n'importe quel système philosophique mais présente un caractère si radical que son application, modérée au début, ne peut connaître de limite : toujours insatisfaite, cette charia verte n'attend de chaque étape de son application que la possibilité de se radicaliser encore plus.

Naess base son texte sur plusieurs postulats plus ou moins honnêtes : le premier est le concept de biosphère. Concept inventé par Vladimir Vernadsky, il est généralement utilisé sorti de son contexte. Le système vernadskien comporte 5 niveau. La biosphère n'en est que le 3e. Il reste la technosphère et la noosphère, dans une optique non-métaphysique. Curieusement, la plupart des utilisateurs de ce concept oublient totalement le reste du modèle. C'est un peu comme si on utilisait le modèle atomique sans tenir compte de la force de cohésion entre les neutrons et les protons. On aboutit rapidement à un système qui ne tient pas debout. La biosphère, en ne tenant compte que de la biologie en oubliant la technique, devient le reflet d'un monde rêvé, imaginaire, utopique et éloigné de la réalité. C'est ce monde "biosphérique" qui devient la référence métaphysique, la fausse réalité qui justifie tous les intégrismes.

La deuxième arme de Naess contre la raison est bien connue des lecteurs de Muray : c'est l'évidence. Dès la deuxième règle, et sans justification, le "droit égal pour tous de vivre et de s'épanouir" est affirmé comme "un axiome de valeur évident et intuitivement clair". Comme je suis épris de liberté, je me méfie par principe de quelqu'un qui espère baser ma vie et celle de mes contemporains sur des axiomes, c'est à dire des vérités admises sans justification. L'axiome permet la sophistique : si je n'applique l'axiome qu'à l'homme, je suis anthropocentrique mais comme j'aime vivre "en association étroite avec les autres formes de vie", je suis pénalisé par cet anthropocentrisme. Outre qu'on ne voit pas très bien ce que recouvre cette étroitesse, on ne perçoit pas non plus ce que Naess veut désigner comme inconvénient. L'anthropocentrisme devient, chez le philosophe totalitaire, une relation maître-esclave qu'une nouvelle lutte des classes biologique viendrait bouleverser. La nouvelle axiomatique écologiste basée sur l'évidence suppose que ces classes aujourd'hui négligées ont les moyens physiques et mentaux de cette lutte. "Baleines de tous les pays, unissez-vous !"

On l'a compris : c'est vraiment n'importe quoi.

Ce retournement, parfaitement pervers, du jargon marxiste explique peut-être l'ancrage à gauche de théories qui, à l'origine, sont plutôt destinées à servir le pouvoir aristocratique comme l'arithmétique déficiente de Malthus ou les simulations par ordinateur du Rapport Meadows. Il est donc assez croquignol de voir des thèses défendues par des gens du sérail et effectivement, concrètement nocives pour les populations les plus défavorisées, défendues aujourd'hui par des gens de gauche à l'origine plutôt sensibles à l'avenir de ceux qui vivent de leur travail.

Ainsi, on voit très bien ressurgir l'argument malthusien par le biais des concepts de "densité de population" et de "diversité biologique". "Vivre et laisser vivre" rappelle furieusement le "Laissez-les vivre !" des opposants à l'avortement. Ce point n'étonnera que les naïfs. Le lecteur de ce blog sait bien, lui, que l'écologie est d'extrême droite. Il faut laisser faire la nature, comme à l'époque du Cercle de Vienne sévissait le nihilisme thérapeutique, doctrine qui consistait à laisser mourir les gens dont on ne jugeait pas la présence sur Terre digne ou utile ou que sais-je... La position darwinienne du "laisser mourir" est plus couramment répandue qu'on ne le pense : certain paléontologue et non des moindres remarquait, avec une pointe de regret dans la voix, que l'humain était le seul être vivant qui s'occupait de ses handicapés. Dans ces conditions, il faut laisser mourir ceux qu'on prévoit de ne pas pouvoir nourir sans "épuiser les ressources naturelles".

Ce texte présente donc de façon parfaitement perverse, sous la forme d'une philosophie, ce qui développe en réalité une idéologie totalitaire de la haine de l'Humanité. Comme le Cercle de Vienne, influencé tout autant que terrifié par le sentiment de "haine de soi" développé par l'élite juive à cette époque (cf. Jacques Le Rider sur Otto Weininger), Arne Naess développe une théologie de la destruction de l'homme par la Nature. Dans ce paradigme, les végans sont juste les relais de cette vindicte et prennent la place des animaux. Impuissants, inconscients, inertes, ces derniers ne peuvent organiser la lutte des classes biologiques, et pour cause ! Ils ne peuvent faire valoir un droit dont ils n'ont seulement pas conscience. Armés de leurs bons sentiments, les végans entreprennent ce combat utopique et mortifère.

Espérons qu'ils s'appliqueront les principes malthusiens à eux-mêmes d'abord et qu'ils ne se reproduiront pas trop vite...

Véganisme et écologie profonde
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maé 19/03/2015 18:38

c'est qu'on appelle une parodie de Naess :) et sinon quelles sont vos propositions ? parce que les critiques ne manquent pas, les autruches non plus, manquent des solutions qui ont du sens. texte idiot pour une aporie, mes petits enfants sont mal partis.

Erasmus Tharnaby 20/03/2015 09:07

Bonjour,
dans votre commentaire, je ne lis aucun argument à part l'étiquette "parodie". Pouvez-vous préciser en quoi vous trouvez que ce que j'écris est une parodie ?
Les critiques ne manquent pas ? Ce n'est pourtant pas le sous-texte dominant chez les journalistes et dans les médias en général.
Quand aux autruches, on les trouve surtout dans les rangs de ceux qui acceptent sans se poser de question, ceux qui avalent sans broncher une idéologie implicite, ceux qui invoquent l'avenir lointain des petits-enfants, de l'horizon 2050 ou de la fin du monde pour justifier n'importe quelle sophisme.
Aucun argument, aucun esprit critique, rien que de l'assentiment pour les bons sentiments, des ancrages si lointains qu'ils en deviennent utopiques, nous voilà bel et bien en face d'un intégrisme religieux.
Bon courage.

Sceptique 14/11/2013 18:42

Votre exposé sur le véganisme est très intéressant. J'ignorais l'existence de cette utopie délirante, qui prétend corriger la nature d'une erreur qu'elle aurait elle-même commise, à savoir la nécessité d'une alimentation animale pour le bon développement et le bon équilibre de l'homme. Qui ne peut trouver certaines substances indispensables dans l'alimentation uniquement végétale. Il vaudrait mieux, effectivement, qu'ils ne se reproduisent pas, car leurs enfants mourraient de carences.
Je ne vois pas, par contre, pourquoi vous posez que ces théories sont de droite. Idem pour l'écologie. À part NKM, je ne vois personne, à droite, qui appuie avec conviction cette "religion". Idem pour le darwinisme. Dérangeant pour les religions, il l'a été, et l'est toujours,pour les soutiens naturels des religions. Les dévôts que je connais sont de droite et anti-darwiniens. ça me parait logique. Le darwinisme a plu, par contre, aux libéraux, à l'époque où ils étaient classés à gauche. Il a déplu à l'aile gauche de la gauche , parce qu'il ne fait aucune place à une transformation de l'homme, ou de la nature, par la force révolutionnaire.
Le darwinisme est incompatible avec la religion et avec le "rousseauisme"...qui ne serait pas aussi rousseauiste qu'on le dit..

Sceptique 15/11/2013 14:34

J'ignorais cette dérive sectaire ou obsessionnelle, incarnée par un journaliste, du darwinisme. Pour ma part, que le darwinisme soit une vision non métaphysique de la vie ne me gêne pas. Je suis résolument moniste. La culture, dans tous ses aspects est une oeuvre humaine permise par l'aptitude à la parole. La culture constitue un bien commun qui appartient à tous ceux qui la partagent. Elle est immatérielle et immortelle (à l'échelle d'un certain nombre de générations), elle s'enrichit et se remanie au fur et à mesure des expériences et des découvertes. Son existence crée un nouveau désir, qui n'était pas prévu par la nature, le désir d'apprendre.
Les religions sont les évolutions de l'animisme, l'homme "ne pouvant se penser mort". Il en a déduit que les esprits ne mourraient pas, et quittaient leurs corps. Il fallait donc les ménager, donner à leur corps une sépulture pour les protéger des charognards. Les progrès culturels se sont accompagnés d'une complication des religions. C'est ma façon de voir cet aspect de l'humanisation.
L'opposition entre nature et artefacts humains n'est que idéologique.

Erasmus Tharnaby 15/11/2013 11:47

Vous avez raison sur le fond mais vous constaterez que, à l'instar de l'écologie, le darwinisme est devenu une question de foi, avec sa messe du samedi matin (Jean-Claude Ameisen), ses polémiques bipolaires (darwinisme contre créationnisme) et que le doute ne préside pas à cette création journalistique d'un darwinisme d'opinion.
Il y a, en plus, dans le darwinisme tel qu'il est habituellement présenté, une dimension qui en fait un a priori difficile à admettre : c'est son évidence, et en particulier son évidence anti-métaphysique. Seule la force, la "volonté de vivre", pourrait susciter la transformation des espèces.
Je pencherais, pour ma part, pour une vision plus leibnizienne du monde où une harmonie préside naturellement à l'élaboration des formes dans la nature.
Enfin, je récuse absolument un autre trait sous-jacent associé au darwinisme : l'opposition entre le naturel et l'artificiel, comprenez entre le naturel et l'humain. Ce n'est pas toujours explicite mais c'est très souvent présent.

Sceptique 15/11/2013 10:58

Ce qui me gêne, c'est que vous ne fassiez du darwinisme qu'une idéologie totalitaire comme les autres(écologique, communiste, fasciste), alors que c'est une théorie scientifique, qui ne devrait avoir aucune couleur politique. C'est au nom d'une idéologie politique que Lyssenko l'a combattue et fait exécuter ses défenseurs. Ce n'est pas parce que l'homme a corrigé partiellement la loi naturelle que la théorie scientifique devient fausse. La spécificité de l'homme, c'est sa capacité à créer un humanisme, avec ses valeurs. À créer de la science, qui lui permet de comprendre les mécanismes de la nature, et de les contrarier, si nécessaire, et si possible.
Une idéologie repose sur un sentiment de posséder la Vérité, et le droit d'y contraindre les mécréants, par la force si nécessaire, pour le bien général. Ça ne parait jamais impossible aux croyants..

Erasmus Tharnaby 15/11/2013 08:43

Bon, je m'attendais à ce que vous défendiez la droite. C'est pas grave...
Je pars du principe qu'il arrive que l'idéologie contredise l'Histoire et réciproquement. Quand je qualifie l'écologie d'idéologie d'extrême droite, c'est à dire fascisante, c'est que je projette le paysage sur une échelle avec à droite le principe d'exclusion (celui de primauté de la force) et à gauche le principe de solidarité avec les plus faibles. Sur cette échelle, l'écologie, comme le darwinisme, se situent à l'extrême droite. Ils sont par essence destinés à justifier la destruction du plus faible par le plus fort.
Il n'est pas question ici de la droite républicaine ou de la droite libérale puisque ces concepts se définissent d'abord historiquement.
Dit autrement : l'idéologie est "hors-temps", l'Histoire est (par définition) "en-temps".
Le passage de la première à la seconde entraîne inévitablement une sorte de dispersion, comme dans la dualité temps-fréquence : on retrouve de tout un peu partout. Votre lecture du paysage politique n'est donc pas en contradiction avec ça. C'est un débat que nous avons déjà eu plusieurs fois.