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La Fondation de l'écologie politique : l'écologie contre la République

par Erasmus Tharnaby

Un manifeste a été publié, il y a quelques mois, par la Fondation de l'écologie politique. Ce groupe de réflexion est destiné à apporter une expertise politique au projet écologiste. Le manifeste s'intitule L'écologie est politique. Comme l'indique la quatrième de couverture : "l'écologie est une vision du monde où les règles de l'expertise, l'exercice démocratique et les relations entre l'homme et la nature sont profondément transformés."

Ce manifeste a été rédigé par Catherine Larrère, Lucile Schmid et Olivier Fressard. Catherine Larrère est une philosophe pro-écologie. Elle a 70 ans.Lucile Schmid est membre du bureau d'EELV. Elle a 52 ans. Olivier Fressard est conservateur d'Etat des bibliothèques. Ce n'est pas, lui non plus, un jeune agité du bocal qui irait s'enchaîner à des rails de train dans une plaine allemande. Quoique, après tout, je n'en sache rien.

La partie la plus intéressante du document est le dernier tiers, qui énumère les principes selon lesquels l'écologie politique doit être considérée, le premier tiers étant consacré aux liens de la fondation avec EELV, le deuxième à un état des lieux justificatif de la situation politique de l'écologie du même nom.

Disons-le tout de suite. La fondation d'une telle fondation n'est pas une bonne nouvelle. Elle suggère que l'ancrage provoqué par le bourrage de crâne médiatique depuis les années 60 va se poursuivre. Cette fois, contrairement aux premières vagues, ce sont desz cadres formés aux sophismes écolos qui prennent la main et s'efforcent d'élaborer un "corpus doctrinal" (p. 23) à partir du constat qu'il se forme peu à peu.

Vous pensiez que Bluenext, Copenhague, Kyoto, les taxes carbone e tutti quanti étaient desz décisions politiques issues d'un corpus plus solidement établi que celui de la lutte contre la pauvreté ou le chômage, puisqu'il semble que l'urgence en soit beaucoup plus grande. Et bien non. Tous ces magnifiques progrès de la société humaine n'étaient que les prodromes d'une vraie révolution écologiste dont les principes sont encore à écrire.

J'aurai sûrement l'occasion de revenir sur les deux premières parties, sur la vision lacunaire et partisane de l'histoire de l'écologie qui y est délivrée. Cette méthode ne s'appelle pas encore révisionnisme. Attendons l'holocauste.

La troisième partie se structure en 11 points, texto : 1) Souci de la nature, 2) Démocratie, 3) Non-violence et désobéisance civile, 4) Le global et le local, 5) Souveraineté, décentralisation, fédéralisme, 6) Une nouvelle vision économique, 7) Justice sociale et environnementale, 8) Féminisme, 9) Complexité, 10) Ecologie citoyenne, 11) Redéfinir une nouvelle vision du monde. Il va de soi que l'ordre de ces points définit un ordre de priorité. L'importance donnée à la conservation et la restauration de la nature évoque aussitôt les pages les plus sombres des plus sombres délires d'Arne Naess et des écologistes "profonds".

La démocratie vient après. Non seulement elle vient après mais elle est, bien sûr, définie en dépit du bon sens : la démocratie est, avant tout, un mode opératoire. C'est une syntaxe du geste politique pour autant qu'on en ait d'abord défini le lexique. En d'autres termes, parler de démocratie sans parler de République n'a pas le moindre sens et c'est exactement ce que font ces "penseurs". En réalité, c'est une nouvelle définition de la République que tentent d'établir nos experts en politique. Exit le Bien commun cher à Platon. Exit l'intérêt général.

Le Bien commun était une condition nécessaire à l'accomplissement du destin individuel de chaque être humain (Thomas d'Aquin). La Fondation de l'écologie politique balaie ce principe pour lui substituer, sans le dire franchement, une sorte d'intérêt général où les animaux,les plantes et tout ce qui se trouve sur cette Terre auraient les mêmes droits que nous.

Les êtres humains, par leur intelligence et l'acuité de leur conscience individuelle et sociale, ont découvert des principes qu'ils ont exprimé avec toute la finesse requise dans leur langage. Ces codes de loi, ce droit, ces règles écrites et non écrites, fluctuantes et sans cesse renouvelées constituent tout ensemble ce sur quoi repose la société des hommes, parce qu'ils sont d'origine et d'essence humaines.

Renverser les règles après-coup et prétendre que la notion de bien commun peut s'appliquer à d'autres types d'individus que les humains, c'est un peu comme offrir un jeu de cartes et les règles de la belote à une tribu de paramécies et trouver justifié le résultat de leur prolifération. Ce n'est pas une erreur philosophique. C'est une forfaiture.

"La nature qu'il s'agit ainsi de protéger est une nature dont les hommes font partie et avec laquelle ils entretiennent des rapports qui varient suivant la diversité des sociétés et des cultures." (p. 39-40) C'est Mozart pour les sauterelles. C'est ce que les rédacteurs appellent : "une relation entre humains et non-humains". J'appelle ça : "relation entre humains et inhumains". Pour ces partisans de l'écologie profonde, il ne faut plus utiliser cette étiquette norvégienne. Il s'agit d'en trouver une autre plus présentable. C'est le véritable mobile de cette fondation.

La démocratie, pour eux, symbolise la lutte contre les "dominations croisées", à condition qu'elle surgisse au niveau international. C'est l'autre axe dominant l'ensemble des points abordés : le renversement de la République doit se faire en faveur d'une sorte d'institution universelle qui n'aurait de république que le nom et qui rayerait de la carte la notion d'Etat. Nous sommes ici dans la ligne idéologique qui prévaut à l'ONU et qui est déjà largement à l'oeuvre dans le réseau d'ONG et d'institut croupions dont je parle régulièrement. La désobéissance civile (p. 42) prend alors tout son sens : elle est dirigée contre l'Etat, c'est à dire contre le bien commun d'essence humaine et la souveraineté des Etats par laquelle il s'applique.

Je reviendrai par la suite sur la nature profondément fascisante d'un tel programme.

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Sceptique 06/03/2014 10:59

Disons "totalitaire". "Fascisante" exclut l'autre modèle, le marxiste. Les nord-coréens vont être jaloux.
Mais c'est vrai, l'écologisme supprimant les droits de l'homme sur la nature, les inversant, même, ne peut qu'être totalitaire, car l'homme sera majoritairement incapable de comprendre que cueillir une fleur sur son chemin sera un crime. Il faudra un fusil dans les reins pour le lui faire admettre. Et faire quelques exemples pour lui faire admettre le vrai changement.
Dans cette première phase d'entrisme, l'écologisme ne peut "dévoiler ses batteries", exposer sa vraie politique. Il ne peut que dévier les décisions politiques dans une direction d'affaiblissement du système en cours, et d'insatisfaction des extrémistes écologistes. Quand la gauche humaniste s'effondrera, "il" passera à la droite revenue au pouvoir, et fera de même. Comme c'est parti, ce n'est pas en France que le "pot-aux-roses" sera découvert.

gjou 11/03/2014 09:19

Là, je ne peux que vous faire confiance, n'ayant pas lu les écrits des fondateurs de l'écologie : je croyais naïvement que l'écologie était au départ une science, mais vous m'ouvrez de nouvelles perspectives ..

Erasmus Tharnaby 10/03/2014 23:04

C'est hélas à cet endroit que je ne vous suis pas : l'écologie est dès le départ une idéologie. Il n'y a pas de différence entre l'écologie et l'écologie politique. Elle se pare des atours de la science, rigueur, irréfutabilité, preuves empiriques, bien qu'elle se fonde sur des hypothèses qui, elles, n'ont rien de scientifique.
D'ailleurs, le fameux Haeckel, inventeur du terme, n'est pas trop célébré par les écologistes eux-mêmes : ils auraient trop peur que le commun des mortels aille mettre son nez dans ses théories totalement illuminées. L'écologie en tant que branche de la science n'est qu'une supercherie. C'est une interprétation de la science tout au plus.
Le marxisme est une morale historique de la production. A ce titre, c'est une philosophie qui n'exclut pas, par principe, la prédominance de l'humanité sur les autres espèces. Elle ne prone pas le génocide, contrairement à l'écologie profonde.

gjou 10/03/2014 12:56

Oui Erasmus, vous avez raison, ce sont les écologistes qui ont confisqué le terme écologie qui ne devrait désigner qu'une discipline scientifique pour en faire en effet une doctrine politico-religieuse, et ce n'est pas neutre car l'écologie-politique se pare ainsi des atours de la science et repose ainsi sur des fondements prétendument irréfutables (cf le fameux RCA) . Ce n'est pas d'ailleurs sans rappeler le marxisme qui prétendait également reposer sur une analyse à visée scientifique des réalités sociales, historiques et économiques... Mais, contrairement aux écolos, les marxistes ne sont pas allés jusqu'à appeler leur doctrine : la "sociologie"! cdlt

Erasmus Tharnaby 10/03/2014 08:51

Merci à Gjou pour ce commentaire éclairé. Je ne conteste pas la possibilité de nommer l'écologie avec le vocable écologisme pour désigner la doctrine. Je dis simplement que d'un point de vue opérationnel, ça ne correspond pas à la réalité.
Les écologistes n'utilisent jamais le terme écologisme.
D'autre part, l'écologie distinguée de l'écologisme n'en est pas moins un corps de doctrine politico-religieux. Si nous n'utilison pas le même terme qu'eux-mêmes, c'est tout à fait étrange...

gjou 07/03/2014 15:56

Si je peux m'insérer dans votre débat très intéressant, il est vrai que si historiquement il est possible de distinguer des différences entre fascisme, national-socialisme, stalinisme, etc.. l'expression "fasciste" tend dans le langage courant à devenir synonyme de "totalitaire". Ainsi lorsqu'on parle d'"islamo-fascistes" on parle en fait d'un totalitarisme religieux. Donc, vous avez tous les deux raison ! (c'est mon côté extrème-centriste ,soucieux de synthèse et d'équilibre qui parle).. Quant à l'écologisme, mot valise certes, j'aurais tendance à le considérer à l'instar de sceptique comme une doctrine et l'écologie comme une science (science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux selon wikipedia) et qu'il vaut donc mieux distinguer les deux. Les écologistes sont en ce sens des adeptes de l'écologisme, entendue comme une doctrine politique. Mais, (et c'est mon côté extrème-centriste qui s'exprime encore) dans le langage courant il faut admettre que l'écologie est entendue en fait comme une doctrine, depuis que des partis politiques ont utilisé ce terme (ce qui est une peu absurde d'ailleurs : imaginez "europe-physique-chimie" ou "rassemblement pour les mathématiques" ) pour se nommer...cordialement

Gjou 05/03/2014 13:20

L'écologie radicale est en effet totalitaire, en ce sens qu'elle prétend offrir une conception globale de la société, économique, politique, sociale. Le tout au nom de dogmes qu'il ne faut pas discuter : le réchauffement climatique d'origine humaine, l'épuisement inéluctable des ressources fossiles etc.. Bien entendu les libertés politiques et individuelles de la démocratie libérale n'ont plus cours dans cette conception où la lutte de la nature contre l'homme prédateur se substitue à la lutte des classes comme grille d'analyse. Les promoteurs de ces idées sont vraiment des Khmers verts. Cordialement

Erasmus Tharnaby 05/03/2014 14:02

Franchement, je ne saurais mieux dire ! Merci pour cette réponse, en attendant que les intéressés daignent quitter leurs plateaux de télévision pour nous répondre.