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Accor : des serviettes plus vertes pour des clients plus crédules

par Erasmus Tharnaby

Accor : des serviettes plus vertes pour des clients plus crédules

De retour d'Anvers où je suis allé faire un peu de tourisme, je reste pantois face à la généralisation de la tendance au lessivage vert (green washing) dévéloppée par les entreprises pour satisfaire à la vogue New Age du moment. Entre les islamistes radicaux et les khmers vert-de-gris du bizenesse toujouts plus propre, le citoyen (le vrai, celui qui vote, pas celui qui mange bio) ne sais plus où donner de la tête.

Je laisse de côté pour l'instant Lady Gaga photographiée en sirène mazoutée pour vendre des pompes et je m'attarde sur un truc trouvé dans ma chambre d'hôtel. Une carte à suspendre à la poignée de porte ou dans la chambre là où sont sensée se trouver les serviettes de toilette sales. Cette carte dit "Ici, vos serviettes plantent des arbres".

En gros, si on met cette petite carte à la place des serviettes, les personnes chargées du nettoyage des chambres laissent le linge de toilette à sa place et par un coup de baguette magique, un arbre se plante de l'autre côté de la Terre. Bien sûr, si tu hésites parce que tu as laissé une trace de freinage hier soir, tu peux imaginer le type du bout du monde avec sa bèche, attendant ton signal pour planter ou pas. Et tous les gugusses de la planète habillés en vert-de-gris, tous les enfants, toutes les générations futures, même celles qui n'existent pas encore, toute la flicaille écolo faire la ola à l'annonce de ta décision cruciale et positive.

Te laisser le choix est évidemment une astuce de propagande, une technique de manipulation élémentaire très commune dans la sphère bien-pensante. Que tu décides de garder ta serviette sale ou pas n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est de t'instiller cette petite parcelle de culpabilité qui fera de toi, plus tard, le moment venu, un bon "citoyen", un individu facile à gouverner, un être imbibé de culpabilité qu'on pourra changer, quand ce sera nécessaire, en petit soldat vert, en membre de la milice écolo.

Pour donner du poids à ce choix crucial que je n'avais pas demandé de faire, le groupe Accor n'a pas lésiné sur les moyens. Un programme appelé Planet 21 (en anglais, évidemment) conjugue le besoin impératif de profit, qui est la base de toute société comme Accor, avec 21 engagements articulés par groupes de 3 en 7 piliers. 7 piliers, ça ne s'invente pas !

Les 7 piliers du lessivage vert dans le groupe Accor n'ont rien que de très classique, du gnan-gnan dans le texte, de l'incontournable, de l'impossible à contredire. Mais c'est leur aspect para-religieux qui est évidemment remarquable. Et comme toujours dans le religieux (ou para-), le plus utile reste la production logorhéïque et totalitaire de justifications en tous genres. Accor promet de financer une plateforme de recherche, des efforts en direction du développement durable, du pilotage, de la performance, du social bien sûr (c'est bien connu), des partenaires (des associations de lépreux dans des localités déshéritées, des plans de sauvegarde des petits oiseaux, des trucs pour planter des arbres, la très fasciste UICN aussi...). Toutes ces promesses, ces justifications, ces alibis qui n'ont qu'un but : transférer la culpabilité de l'exploiteur touristique et aussi groupe capitaliste Accor sur le malheureux client qui n'en demandait pas tant pour s'essuyer les fesses.

Revenons au programme Plant for the planet (en anglais, bien sûr). Accor promet de reverser 50% des économies de blanchisserie "à la reforestation". Qui s'en occupe ? Mystère. Il reste que les 50% restant vont dans la poche de l'hôtelier. Pourquoi pas 100% ?

Tout fier, le groupe nous explique qu'en 6 ans, il a financé la plantation de 4 millions d'arbres dans 21 pays. En réalité, ce programme, qui pourrait s'appeler "Les riches se font plaisir", est un dispositif organisé par l'ONU dans le cadre du PNUE pour reboiser ici ou là. Les quantités sont énormes mais infimes, les objectifs ambitieux mais dérisoires, les moyens sont totalement indolores pour les puissants. Par contre, les retour sur investissement en terme d'image sont considérables.

On comprend l'intérêt de la présence des lobbyistes de tous poils autour de la COP21. Continue à t'essuyer sur des serviettes sales, "citoyen" ! Ban Ki Moon s'occupe de tout !

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