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Le retour de l'animalisme

par Erasmus Tharnaby

Le retour de l'animalisme

Parmi mes courriels, je viens de recevoir l'annonce d'une pétition qui souhaite interdire les dissections animales dans les collèges et les lycées. J'ai vu aussi dans le métro des affiches 4x3 de la SPA présenter l'abattage des animaux comme de la torture. Sans parler des pétitionnaires tous azimuts d'Avaaz et leur nouveau catéchisme des bons sentiments...

Alors que le pays plonge dans une crise inégalitaire sans précédent, alors que les revenus de quelques personnes bien nées s'envolent sans limite même en cas d'échec et que les plus pauvres se trouvent toujours plus taxés, plus empêchés, plus éloignés de l'emploi, la seule préoccupation qui semble valoir la peine de solliciter notre indignation serait la cause animale.

Je trouve ces campagnes abjectes. Simplement abjectes.

Au moins pour deux raisons. La première, déjà évoquée, est que s'il fallait changer le monde, ce n'est pas par là qu'on aurait envie de commencer, à moins d'être tombé sur la tête. Ces préoccupations vraiment incongrues agissent comme un contre-feu opportun au moment où les gens commencent à réfléchir à des moyens d'action collectifs efficaces contre la finance et ses complices au pouvoir.

La deuxième raison est que ces approximations me rappellent étrangement cette campagne tout aussi abjecte qui consistait à traiter d'assassins les automobilistes dépassant les limitations de vitesse. C'était il y a une dizaine d'année. L'hystérisation du discours animaliste prend, ici, la forme d'une question : "La torture, c'est légal ?" à l'adresse du plus haut niveau de l'Etat.

Pour comprendre l'origine idéologique de cette campagne, il suffit de chercher le terme "torture" dans Wikipédia. Dans la version française, la torture s'inflige à un "individu" alors que dans la version anglaise, elle concerne un "organism", c'est à dire un organisme vivant. Wikipédia en français rappelle que la torture a été déclarée illégale par la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948 et est devenue illégale par traité depuis 1951. Parler de la torture au sujet des animaux est une ultime insulte à tous les êtres humains torturés de par le monde.

La mentalité anglo-saxonne, qui nous inflige déjà les animaux qui parlent dans les films, a toujours eu du mal à accorder de l'importance à la différence entre humains et animaux. Et pour cause, le pays où le soleil ne se couche jamais a jadis considéré les individus peuplant ses colonies comme des sous-hommes, irlandais compris, justifiant "scientifiquement" leur infériorité à la pure race anglaise par les travaux de gens tristement célèbres, comme Malthus ou les statisticiens de la Royal Eugenics Society (Karl Pearson, Julian Huxley, etc.). L'esprit profondément anti-égalitaire des Anglais et des Américains trouve, dans la défense des animaux, une façon détournée de rappeler que, dans le monde cruel qu'ils nous fabriquent, un animal vaut parfois mieux qu'un être humain.

Indirectement, le discours véganiste prend sa source aux mêmes origines : l'esclavagisme anglo-saxon. Défendre les animaux, c'est d'abord culpabiliser ceux qui les consomment. C'est le discours de l'écologie profonde d'Arne Naess.

Dénoncer ce discours sous-jacent, peu visible sous l'évidence de ce petit agneau blanc, est un devoir pressant face à la vague inégalitaire qui est en train de submerger le pays. D'ailleurs, le temps se remet au beau fixe : c'est l'heure de sortir les barbecues.

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