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Morale et sensibilité

par Erasmus Tharnaby

Morale et sensibilité

Les tenants des droits des animaux, anti-spécistes, animalistes et autres ennemis du Genre humain, justifient leur point de vue par la démonstration supposée de la sensibilité animale. Cette sorte de déclic se voulant définitif, on peut sans doute en déduire que tous les animaux sont sensibles, et sensibles de la même façon. C'était la position du philosophe utilitariste Jeremy Bentham.

La sensibilité animale devient donc, pour ces aimables penseurs, une bonne raison de les inclure dans le champ de la morale sociale, comme si nous étions liés à eux par un contrat supérieur que Michel Serres qualifie de Contrat naturel.

La morale est ce qui doit décider de ce qui est bien ou mal. Si elle s'applique aux animaux, elle doit décider ce qui est bien de leur faire et ce qui ne l'est pas. Mais de la même façon qu'elle décide aussi de ce que nous devons et ne devons pas faire, elle doit décider de ce que les animaux doivent ou ne doivent pas faire. Comment établir ces devoirs sans l'utilisation du langage  et de la raison ?

Comme Sollers qui écrivait plaisamment une Théorie des exceptions, faudrait-il que nous imaginions une morale des instincts ? Un chien, pour un motif que lui seul peut percevoir, se met à mordre un enfant. Comment lui faire comprendre que ce n'est pas bien ? Une muselière risque d'atteindre ses droits imprescriptibles et le dressage reste aussi une atteinte à sa liberté de penser comme un chien.

Dans le même registre, les amis des bêtes sont aussi, par voie de conséquence, les amis des loups. Faut-il laisser faire les loups près de nos maisons ? Faut-il les laisser revenir pulluler comme au Moyen âge. Pour les anti-humanistes, il n'y a aucun doute : la réponse est oui.

Qui veut faire l'ange fait la bête...

Pour nous, ici, la réponse est clairement NON. La morale n'existe pas en-deçà du champ du langage et seul ce dernier est à même de permettre à une espèce de s'y impliquer à la hauteur de ses compétences linguistiques.

Est-ce à dire qu'il est indifférent de faire souffrir des animaux ? Cette question, qui est le produit d'appel de L214 et autres ahuris du bizenesse malthusien, n'a strictement rien à voir avec le problème précédent. Et on peut juger, pour des raisons humaines, qu'il est inutile de donner mauvais goût à la viande, de faire crier les bêtes, etc. ou même qu'il est simplement inutile de faire souffrir les animaux au moment de leur abattage. Nous trouvons ce spectacle écoeurant simplement parce que nous nous identifions instinctivement aux animaux en mauvaise posture. Surtout après un siècle de cartoons avec des animaux qui parlent...

Le seul problème, c'est que cette question à la mode n'est qu'une tête de gondole pour une cause qui assimile tout abattage d'animaux à de la torture. L'hypocrisie de L214 consiste à s'immiscer avec une question d'évidence dans l'esprit de la cible pour asséner son idéologie avec les accents de la bonne foi.

Ainsi font les flics de la pensée. Des anti-IVG aux anti-nucléaires, en passant par les intégristes religieux et les anti-humanistes.

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