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"Concert debout" : pas de quoi se lever...

par Erasmus Tharnaby

"Concert debout" : pas de quoi se lever...

Hier soir, je suis allé voir, sur la Place de la République, ce qui s'y passait. Un orchestre jouait des extraits de la 9e Symphonie de Beethoven (la fin du 4e mouvement) et le célèbre "Va pensiero" tiré de Nabucco de Verdi. Je l'ai appris par les actualités ce matin, il s'agissait d'un "Concert debout". Trocoule...

Autour se massait une petite foule qu'essayaient de canaliser quelques jeunes à brassards. On sentait le shit à plein nez.

L'ensemble se divisait en trois groupes. Autour de la statue, l'orchestre et son public improvisé, un peu plus loin, une sorte de mini-Fête de l'Huma (j'y reviendrai) et une Assemblée générale ou quelqu'un armé d'un micro disait des banalités du genre "Je crois que nous sommes tous ici pour lutter contre la Loi Travail."

L'ensemble laissait une impression générale assez terne. Les gens se promenaient, peu se parlaient. A part l'armada de flics autour, tout semblait finalement assez normal. Je me suis demandé où était la colère, dans tout ça ? Je n'ai vu aucun de ces groupuscules de déséquilibrés qui vont lancer des pierres contre les boucliers des CRS. Je n'ai vu que très peu de pancartes avec des slogans vindicatifs, satiriques, signifiants. Tout ça restait d'un morne absolu. Quel étonnement ! Qu'aller chercher à Nuit debout ? Que s'y dit-il d'intéressant ? Certes, je ne suis pas resté assez longtemps mais je crois en avoir vu assez pour diagnostiquer qu'il n'en sortira rien, strictement rien, en terme politique, en terme de foule en colère. Evidemment, j'espère me tromper.

C'est parmi les stands que je crois avoir trouvé l'explication de ma surprise. Je m'attendais à trouver une librairie sociale, un stand sur la solidarité, un autre sur l'abolition de la torture, un autre sur les nouvelles formes d'économie. Rien de tout ça !

A la place, on ne trouve qu'écologie, véganisme, antispécisme et anarchie. Les spécialistes des contre-feux idéologiques ! Les meilleurs amis de l'ultra-libéralisme ! Des hordes de jeunes embrumés vous vendent Bakounine dans le texte, vous font signer des pétitions improbables sur l'abolition de la torture dans les abattoirs ou vous vantent les mérites de la grève générale...

La gauche française, noyautée par les écolos et les intégristes de la grève générale, se trompe de cible : au lieu de s'occuper de la redistribution du produit du travail, qui reste la seule réponse correcte aux préoccupations des Français sur l'emploi, on se met en lutte contre l'extinction du panda, l'abattage des agneaux de boucherie et les droits imprescriptible du cochon d'inde. Besancenot tape sur le ventre d'Alain Bougrain-Dubourg... On croit rêver.

On demande à la jeunesse française, qui reproche à juste titre à sa classe politique de la laisser tomber, de choisir entre la peste New Age et le choléra boursier ! Un jeune de 20 ans aujourd'hui a un mal fou à trouver du boulot : tout a été remplacé par des automates (au cinéma, au péage, au supermarché, au McDo) et les actionnaires continuent de se sucrer tranquillement sans payer d'impôts. Je n'ai vu aucun stand sur l'emploi des jeunes à Nuit debout, aucun stand sur la façon de lutter contre l'exploitation, à part en jetant des pavés sur les boucliers des CRS, ce qui ne peut donner du travail qu'aux fabricants de boucliers.

L'aliment de la révolte, c'est la colère. Celle qui pourrait s'y trouver canalisée n'est pas employée. Les propositions politiques, entre les bisounours et les sales gosses, entre la légalisation du cannabis et la salade de quinoa biodynamique, entre le concert classique et le lancer de pavé, sont en décalage avec le réel. Décidément, encore pas de quoi se lever...

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